Pollinge

Publié le par Cabaret





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Placé entre le village de Reignier et la bourg de Monnetier-Mornex, le "château de Pollinge"
 surplombait la vallée de l'Arve du haut d'un plateau à près de 500 mètres d'altitude,
 sur lequel se dressaient ses robustes et massives constructions.

  

Cette forteresse était d'origine relativement récente. Elle aurait en effet été élevée
 au XIVe siècle par les "Seigneurs du Faucigny", dans le but de surveiller le cours de l'Arve
 et au besoin de défendre les terres de cette seigneurie.

A la fin du XIVe siècle, par suite du mariage de "Babelle de Pollinge" avec Raymond de Chisse,
 le château passa à la famille "De Chisse", l'une des plus célèbres de Savoie.
 Cette famille était originaire de "Stearve", puis Sallanches où elle possédait un manoir aujourd'hui ruiné.







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"Chissé de Pollinge"

 

Elle devait conserver Pollinge jusqu'en 1846, et pendant cette longue période d'illustres représentants,
 parmi lesquels on trouve des princes de l'église et de grands serviteurs, non seulement de la monarchie
 de Savoie mais aussi des maisons de France et d'Espagne. Le château de Pollinge eut sa part d'épreuves
 au cours des ans. En 1591, alors qu'il appartenait à Philippe de Pollinge, il fut occupé par une armée
 de trois officiers français ; Nicolas de Marlay de Sancy, Jean de Chaumont Guitry et Guillaume de Coligny,
 le Chablais et le Faucigny, et ceci en représailles des attaques dirigées par le Prince contre Genève,
 quelques années auparavant. Une armée espagnole commandée par le général Olivario,
 venue au secours du Duc de Savoie, fit bientôt son apparition à la Roche-sur-Foron
et les genevois durent se retirer devant des forces supérieures. Toutefois, avant d'évacuer Pollinge,
 ils le pillèrent et l'incendièrent complètement le 10 mars 1591. 

Le château fût partiellement restauré quelques années après, suffisamment
 sans doute pour être rendu habitable, car le 17 septembre 1602, y mourait
 Monseigneur Claude de Granier, évêque de Genève. 

Deux mois plus tard, c'est à Pollinge que Charles Emmanua, désireux de régler
 son compte avec les bourgeois de Genève, fit entreposer les échelles sur lesquelles
 il comptait faire franchir de nuit à son armée, les remparts de la fière cité.
 Cette tentative connue dans l'histoire sous le nom "d'escalade" fut effectuée dans la nuit du 11 décembre 1602.









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"Pollinge en 1966"




Elle subit l'échec que l'on sait et son anniversaire est toujours célébré
 à Genève comme fête locale. Les échelles avaient été transportées à Genève
 par un fermier nommé "Chevallin". Il reçut de ce fait le surnom "d'Escalloux"
 qui est resté à ses descendants. C'est seulement en 1746 que furent effacées complètement
 les traces des atteintes subies en 1591 par le château de Pollinge.
 Ce dernier fut alors entièrement reconstruit.

Le château de Pollinge est devenu la possession de "Jean de Chissé" en 1846.
 Il le céda à la famille de Magny qui le vendit 19 ans plus tard au Prince de Lucinges
 Cystria. Par la suite, la vénérable forteresse devait passer entre les mains de la famille Chevallier.

En dépit des siècles, cette forteresse avait gardé fière allure.
 Les mémoires se souviennent de la porte et du pont levis, ainsi
 que les tours basses flanquées de part et d'autre. 

On accédait au château par un grand portail gothique. L'intérieur était
 occupé par une grande cour entourée d'une enceinte crénelée. Le corps du logis
 était constitué par un vaste bâtiment aux murs épais. Il était complété d'une tour ronde,
 ainsi qu'un escalier en spirale qui permettait d'accéder à chacun des étages.
De grandes salles occupaient les différentes parties de l'édifice
 (cuisine, chapelle, salle à manger, chambres).

Après tous ces périples, le château devint enfin la propriété de la famille Achard de Reignier.
 Le 2 février 1977, alors que M. François Achard,
 notaire aujourd'hui disparu), avait pris la décision
 de restaurer cette vieille bâtisse moyen-âgeuse, le château s'écroula, victime du temps,
miné par les infiltrations d'eau de pluie et par les épreuves du temps,
 entraînant derrière lui des siècles d'histoire. Une page était tournée. 

Si les ruines depuis ce jour patriotique ont disparu, laissant place à une prairie verdoyante,
 les tours ont résisté, comme si elles ne voulaient pas mourir. En 1993,
 les deux tours et le patio les reliant ont été restaurées par une entreprise d'Arthaz.

Elles ont été coiffées d'un joli chapeau pointu, deux cônes imposants avec des charpentes
chevillées bois de chêne, des bases de 4m 80 de diamètres et des cheneaux
 de cuivre qui brillent au soleil à 13 mètre du sol comme pour dire
 que le château de Pollinge n'est pas tout à fait mort.

Notre patrimoine est sauvegardé grâce aux amoureux des vieilles pierres.     

      








     

   Alain Lacroix 

(Textes tirés des articles du Dauphiné libéré du 19 et 20 Mai 1997)

 

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