Chillon

Publié le par Cabaret




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Le château de Chillon est construit sur un rocher ovale en calcaire avançant dans le Lac Léman
 entre Montreux et Villeneuve avec d'un côté un versant escarpé et de l'autre côté le lac et son fond abrupt.
 L'endroit est stratégique : il ferme le passage entre la Riviera vaudoise
(accès au nord vers l'Allemagne et la France) et la plaine du Rhône qui permet
 d'atteindre rapidement l'Italie. De plus, le lieu offre un excellent point
 de vue sur la côte savoyarde qui fait face. Une garnison pouvait ainsi contrôler militairement
 et commercialement la route vers l'Italie et appliquer un droit de péage.








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Les premières constructions remonteraient aux alentours du Xe siècle même s'il est probable
 que cet endroit fut déjà un emplacement militaire privilégié avant cette date. Des objets remontant
 à l'époque romaine furent découverts durant des fouilles au XIXe siècle ainsi que des vestiges
 datant de l'âge du bronze. À partir d'une double palissade en bois, les Romains auraient fortifié
 l'emplacement avant qu'un donjon carré ne soit ajouté au Xe siècle.
 Mais ce n'est qu'en 1150 que le château de Chillun est mentionné dans
 un texte relatif à un transfert de propriété entre les évêques de Sion et les comtes de Savoie.

 





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 La période des comtes de Savoie

 
La maison de Savoie transforme la forteresse, alors Castrum Quilonis, et l'agrandit durant
 le XIIIe siècle tout en conservant l'ancienne chapelle. Les Savoyards veulent étendre leur suprématie
 sur le pays de Vaud et les zones limitrophes. Le château n'est pas voué qu'à un but militaire,
 il sert également de résidence pour les comtes. Thomas Ier de Savoie y séjourne aux alentours de 1230.
 Lui et son fils, Pierre II de Savoie, « le Petit Charlemagne », vont réorganiser la région proche du château
 en construisant des bourgs, en dominant le Chablais vaudois et en créant la « Patria Vuaudi ».
 Un péage important est installé à « Villeneuve de Chillon » (1214), l'actuel village de Villeneuve.

 
Salle décorée durant l'occupation bernoise : armoiries des baillis bernois présents à Chillon
 de 1536 à 1797Pierre se voit remettre les clés du château en 1253 et conforte sa présence sur les rives
 du lac jusqu'à Aubonne. Pour être à la hauteur des ambitions guerrières de son propriétaire,
 l'enceinte du château est renforcée et on surélève trois tours construites en 1235. Pierre II confie
 les travaux à Pierre Mainier, un architecte et maçon spécialisé dans les ouvrages militaires.
 Les rénovations architecturales entreprises sur le château durant cette période sont imposantes.
 L'édifice compte 25 bâtiments ; une grande salle est aménagée dans le donjon pour les réceptions
 et les résidents. On aménage une caserne, un arsenal et les nouvelles
 tours permettent de mieux protéger la flottille basée à Villeneuve de Chillon.








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Le territoire de la maison de Savoie est alors divisé en bailliages, le baillage du Chablais
 est géré depuis le château de Chillon. Pierre revient au château peu avant sa mort en 1268.
 Plusieurs comtes se succèdent durant un siècle mais leurs campagnes militaires les empêchent
 de résider en permanence au château. Le château sert de prison dès le milieu du XIVe siècle,
des souterrains permettent de stocker du matériel et du vin. Dans un souci de noblesse,
 l'intérieur du château est embelli sous l'impulsion de Aymon de Savoie dit
 « le Pacifique » qui engage Jean de Grandson pour réaliser les peintures des chambres et des grandes salles.

Amédée VI de Savoie, surnommé « le Comte Vert » lance une expédition dans le pays de Vaud
 en 1359 et fait quelques étapes par Chillon. Mais les comtes suivants comme le « Comte Rouge »
 préfèrent déléguer la gestion du bailli à un châtelain qui reste dans le bâtiment durant
 toute l'année. Le château est humide et le froid qui y règne le rend peu confortable.
 Cela n'empêche toutefois pas l'antipape Félix V d'y résider en 1442.

Dans la prison et les cachots humides du sous-sol croupissent les bandits et les hérétiques
 de la région. Chillon est le lieu de détention entre 1530 et 1536 de François Bonivard,
 sujet d'un poème de Lord Byron en 1816, Le Prisonnier de Chillon (The Prisoner of Chillon).


 

Avec la montée en puissance de ses ennemis, la maison de Savoie, devenue un duché n'arrive plus
 à gérer son large territoire. Le château constitue une sorte d'enclave dans le territoire bernois.
 Au sud, le Chablais et le château d'Aigle sont occupés par Berne dès 1475. La même année,
 les propriétés de la Savoie au nord du Pays de Vaud (Grandson, Orbe, Echallens) cèdent sous
 l'avancée des confédérés. Pendant plusieurs dizaines d'années, les Bernois affaiblissent un duché
 chancelant et miné par les conflits avec le duché de Bourgogne et le roi de France Louis XI,
 le tout accompagné d'une vague de protestantisme. Les Bernois s'impatientent et décident
 d'en finir avec ce duché devenu trop encombrant. En 1536, aidé par les Genevois
 qui désiraient libérer leurs prisonniers enfermés à Chillon, les Bernois préparent le siège de Chillon.

Le 20 mars 1536, une centaine de soldats genevois embarquent sur quatre navires de guerre et
 quelques autres vaisseaux. Les Bernois de leur côté arrivent le 26 mars aux abords de Lutry,
 à une vingtaine de kilomètres de Chillon. Des coups de canons résonnent et le duc de Savoie alors
 en charge de Chillon ordonne, si les troupes bernoises apparaissent, de soumettre les prisonniers
 de Genève à l'estrapade à deux reprises, et de les exécuter sans hésitation. Le lendemain matin,
 les Bernois arrivent à Veytaux et les Valaisans profitent de l'occasion pour s'attaquer également
 aux Savoyards par le sud. Les bateaux genevois quant à eux encerclent le château. Pris en tenaille
 par une forte artillerie, les responsables savoyards entament des négociations.
La garnison s'échappe durant la nuit et débarque à Lugrin, poursuivie par les Genevois,
avant de disparaître dans la nuit. Les attaquants décident alors d'entrer dans le château,
 brisent les portes et les chaînes et découvrent plusieurs prisonniers dont Bonivard
 dans le donjon, affaibli par 6 ans de détention mais encore vivant.

Le château, partiellement endommagé par le feu lors de l'attaque, est rénové mais reste fort peu accueillant.
 Les Bernois ne changent pas l'architecture globale de la forteresse mais convertissent certains
 bâtiments en lieux de stockage, réserves, cuisines et petites casernes. Sa charge administrative
 change, le bailli qui y vit doit s'occuper de la région de Vevey. En 1627,
 le chasteau fort de Chillion possède plusieurs pièces de canons et la munition.
 À partir de 1656, il sert de port principal sur le Léman pour la flotte de guerre bernoise.

Cette occupation bernoise dure jusqu'en 1733, date à laquelle le bailli déménage à Vevey
 pour des raisons d'insalubrité. En 1793, le château est converti en un hôpital pour les blessés
 de guerre. Mais la présence bernoise s'affaiblit progressivement
 face à la volonté du Pays de Vaud d'accéder à l'indépendance.







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