SION 1384

Publié le par Cabaret

  

SION   1384

 

 

 

Arrivé dans le Pays de Vaud, le comte de Savoie, se conformant aux coutumes, confirma les libertés et les franchises
 des villes de cette contrée. Les archives de Moudon et d'Yverdon conservent la charte qu'Amédée publia dans cette circonstance.

Nous, Amédée, etc., attestons que, désirant marcher sur les pas, et d'imiter les actions louables de notre père,
 étant aujourd'hui en notre ville de Moudon, sur la demande de nos chers et fidèles, les nobles,
 bourgeois et habitants de la ville et châtellenie de notre district de Moudon....
 Ayant considération des services dignes de louange qu'ils ont rendu un long espace de temps du passé à nos prédécesseurs et à nous...

.
 Nous nous sentons obligés à nous reposer dans leur sein et sur leur sincère affection.
 Partant, ayant consulté avec les grands de notre cour et nos conseillers, nous donnons,
 homologuons, ratifions, confirmons toutes et chacune les franchises, libertés,
 immunités et coutumes qui ont été concédées aux dits nobles, bourgeois et habitants,
 et à leur prédécesseurs... Promettant, pour nous et nos successeurs, par serment,
 que nous avons prêté, obligeant pour ce fait nos biens,
 de tenir et observer les dites franchises.... et de les maintenir inviolablement.... Donné à Moudon, le 2 juillet 1384.

 

"armoirie du Valais"                                   "armoirie de la ville de sion"





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"chevalier de la fin du 14eme siecle"



 

Cependant, les communautés des villes ne s'empressèrent point de répondre à l'appel du comte,
 qui leur demandait des troupes, et ce fut dans cette circonstance que
 l'on vit pour la première fois les villes de Vaud entrer en conférence,
 et avoir des journées, soit des diètes, pour tenir conseil au sujet
 des demandes de troupes que le comte de Savoie leur adressait. Ainsi, on lit dans les comptes de Nyon des années 1383 à 1388 :

On paie 14 sols pour les frais de ceux qui ont été à Moudon au sujet des soldats que le seigneur Comte demandait que la ville lui accordât.

On paie 27 sols à ceux qui ont été à Moudon, et il a été résolu qu'on n'accorderait pas les dits soldats au seigneur Comte.

On a payé 24 sols pour les frais de ceux qui ont été à Romont pour faire réponse au seigneur comte,
 sur ce qu'il demandait qu'on lui fit service dans la guerre du Valais pendant deux mois,
 et il lui fut répondu que les communautés de Vaud serviraient pendant trois semaines,
 de laquelle réponse le dit seigneur Comte ne fut pas satisfait.

On a payé 12 sols à ceux qui ont été à Moudon pour répondre plus outre, parce que le seigneur
 Comte n'était pas satisfait de la susdite décision, et alors les communautés de Vaud
 lui ont accordé de servir un mois, et huit jours qui sont dus3.

Ces comptes indiquent aussi à quel point l'indépendance des villes était parvenu,
 puisque malgré les instances réitérées du souverain, ces villes ne craignaient pas
 de refuser de faire droit à ses demandes. Enfin, à la même époque,
 on vit les communautés de Vaud se réunir et délibérer sur les subsides que ce prince leur demandait.
 Ainsi les comptes de Nyon (1385 à 1388, fol. 3) portent:

On paie 48 sols pour ceux qui ont été trois fois à Nyon, la première sur la demande des nobles et bourgeois de Romont;
 la seconde au suject du subside que le seigneur Comte demandait à Nyon et aux autres de Vaud;
 la troisième pour y tenir conseil à l'effet de savoir si on accordera le dit subside ou non.

On paie 31 sols pour les frais de ceux qui ont été à Chambéry avec les trois communautés de Vaud,
 pour rendre réponse sur le dit subside4.

 

"chateau de Sion"

 

Pendant ces contestations avec les villes qui, excitées probablement par le schisme de l'Eglise,
 sympathisaient avec la cause des Valaisans, les hostilités commençaient en Valais; Pontverre d'Aigremont
 remontait l'Avançon près de Bex, gagnait les gorges des Diablerets
 et faisait flotter les bannières de Vaud sur les hauteurs qui dominent Ardon.
 Pendant ce temps-là, Jean du Vernay,
 avec ces cent hommes d'armes, s'avançait sur Ardon le long des bords du Rhône.
 A un signal convenu, Pontverre fit pousser de grands cris à ces soldats
, pour attirer hors de la place la garnison d'Ardon; celle-ci accourut au devant de Pontverre;
 un combat furieux s'engagea; mais la victoire se déclara pour les Vaudois.
 



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«Tandis que les monts retentissaient des cris des mourants,
 le château d'Ardon était attaqué par les hommes d'armes du maréchal du Vernay;
 ses défenseurs, restés en trop petit nombre,
 opposèrent une vive résistance, et ne cédèrent que lorsque Pontverre,
 après avoir renversé tous les obstacles, arriva pour rendre l'assaut général,
 «par manière que nulz d'Ardon ne demoura qui ne fust mort ou pris.
» L'occupation de cette place amena bientôt la reddition de celle de Chamoson5.»

Pendant l'expédition du seigneur d'Aigremont et du Maréchal de Savoie,
 Amédée rassemblait son armée dans les plaines de Bex, et était rejoint par Louis de Savoie,
 prince de Piémont, qui venait de passer le St-Bernard avec ses piémontais;
 Michel d'Andelot arrivait avec ses hommes de Franche-Comté;
 le seigneur d'Orbe avec les guerriers d'Echallens et d'Orbe;
 le bailli Humbert de Collombier avec les troupes des communautés de Vaud.
 Enfin, Nicod de Blonay, Nicod de La Sarra, Guillaume de Grandson,
 le sire d'Aubonne, le comte Rodolphe de Gruyère, et Raoul son fils,
 précédaient leurs hommes d'armes et leurs vassaux. La ville de Fribourg envoyait cinq cents hommes,
 et mille soldats de Berne passaient la Gemmi.

L'armée de Savoie arriva sans obstacles sous les murs de Sion. Alors, se rappelant que naguère,
 sous ces mêmes murs, son père, avant l'assaut de Sion, s'était fait armer chevalier,
 Amédée voulut recevoir le même honneur, et choisit l'illustre Guillaume de Grandson, le vieux compagnon d'armes du Comte-Vert, pour recevoir des mains de ce guerrier les insignes et les dignités de la chevalerie. Après avoir été armé chevalier, Amédée, à son tour conféra cet honneur aux jeunes princes Piémontais, ses cousins, au sire d'Orbe et d'Echallens, et à 150 seigneurs de son armée. «Il faisait beau dans ce moment, dit la chronique, oïr le nom de Nostre-Dame, St-George et St-Maurice, avec le cry de Savoie a haulte gorge crier, menestriers de toutes pars sonner, souffler et corner.»

 

" harnoi dit de ''churburg", typique de la fin du 14eme siecle "

 

 

La cérémonie terminée, et l'armée enflammée d'ardeur par le spectacle guerrier auquel elle venait
 d'assister toute entière, Amédée ordonna un assaut général,
 malgré les avis des principaux chefs,
 qui voulaient qu'on attendit les 1600 hommes que le roi de France et les ducs de Berri et de Bourbon lui envoyaient,
 sous les ordres du maréchal d'Auxerre. Puis, n'écoutant que son courage, le comte se réserva l'attaque du côté du Rhône,
 poste le plus périlleux. La garnison de Sion, nombreuse et aguerrie, se défendit avec héroïsme; «les échelles,
 dit Broccard6, étaient à peine élevées qu'elles étaient abattues; une grêle de pierres,
 de gros billots, des barres de fer, eurent bientôt renversé un bon nombre des assaillants dans les fossées.
 Des contremines étaient opposées aux mines, des canons et des coulevrines étaient placées à chaque nouvelle brèche;
 les femmes elles-mêmes n'étaient pas les moins enthousiastes pour la défense de la cité, «de laquelle vieilles,
 crossues, barbues, et enfumées jectaient multitude d'eaue boulant, et fagotz espris et embrasés de fuec, chaux visve, cendres et pouldres.» »

Malgré les prodiges de valeur du comte de Savoie qui payait partout de sa personne,
 Sion résistait; d'Andelot avait éprouvé de nombreuses pertes; on était au soir
 et le combat durait depuis le matin; enfin, on parlait de faire sonner la retraite.
 Alors Humbert de Collombier, bailli de Vaud, craignant que le découragement ne vint à gagner,
 pique des deux et court vers ses Vaudois et les sergents de Fribourg,
 criant que d'Andelot a pénétré dans la ville, et que s'ils ne se hâtent, ils n'auront aucune part au butin.
 Aussitôt les Vaudois et les Fribourgeois s'élancent sur les murailles, et la ville et les châteaux tombent au pouvoir d'Amédée.
 Sion fut mise au pillage, et livrée aux flammes. «N'y demorait toit,
 ne maison que tout ne fust ars et brule.» Les fortifications, ainsi que le château d'Ayent, furent rasés.

Les Valaisans, accablés par les succès de l'armée ennemie, conclurent la paix le 21 août 1384,
 mais avec les conditions les plus dures; l'anti-pape Clément VII ratifia le traité de paix par une bulle datée d'Avignon,
 et l'évêque Edouard de Savoie fut réintégré sur les ruines de la malheureuse et héroïque Sion.

 

Publié dans Batailles

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