Patay 1429

Publié le par Cabaret

 

 


À la fin de 1428, dans les dernières années de la guerre de Cent Ans, les Anglais
 et leurs alliés bourguignons occupaient la quasi-totalité du nord de la France
 jusqu'à la Loire. Ils s'étaient également emparés de plusieurs places stratégiques
 le long de la Loire, et Orléans, la dernière grande ville sur ce fleuve,
 fut assiégée à partir du mois d'octobre 1428. Que les Anglais
 viennent à contrôler toute la vallée de la Loire, et le sud de la France,
 ultime refuge du «roi de Bourges », serait mûr pour l'invasion.

 

  

  

Dans les premiers jours de mars 1429, Jeanne d'Arc arriva à Chinon pour y trouver le Dauphin et,
 après un interrogatoire par les autorités ecclésiastiques à Poitiers,
 elle rallia un important corps d'armée en route pour libérer Orléans.
 Cette opération fut couronnée de succès, et la ville fut libérée le 9 mai.

 


Une fois levé le Siège d'Orléans, les Français reprirent aux Anglais
 plusieurs forteresses du Val de Loire. Ils prenaient ainsi le contrôle de ponts
 permettant de poursuivre par une invasion des territoires anglais et bourguignons plus au nord.
 Presque tout le nord de la Loire était en effet sous domination étrangère,
 et la victoire française d'Orléans s'était accompagnée de la destruction
 du seul pont français sur la Loire : les batailles ultérieures leur avaient permis de recouvrer trois ponts.

 

fantassin anglois, reconstitution de la cnie"Orléans 1429"



La campagne de la vallée de la Loire rétablit l'autorité du roi de France sur trois ponts
 stratégiques franchissant le fleuve. Le pont de Beaugency survit depuis maintenant
 près de 600 ans à la dernière bataille.La campagne de la vallée de la Loire de 1429 comporta cinq combats :

 


La bataille de Patay eut lieu le lendemain de la reddition anglaise de Beaugency.
 Cet ultime combat fut la seule bataille rangée de la campagne de la Loire.
 Patay peut être mise en parallèle avec la fameuse victoire anglaise d'Azincourt : les Anglais s'en tinrent
 à leur tactique habituelle, qui leur réussissait systématiquement
 contre la cavalerie française depuis 83 ans (c'est-à-dire depuis la bataille de Crécy en 1346).

 

 

 

"fauchard 1430-musée des Invalides"

 

 

 

Cette fois, la victoire des Français fut aussi complète que leur défaite à Azincourt
 avait été catastrophique, et les conséquences du combat furent de portée comparable. À Orléans,
 les Français avaient prouvé qu'ils pouvaient désormais surpasser
 leurs adversaires dans l'art des engin de siège. Les batailles de Jargeau, Meung-sur-Loire,
 et Beaugency n'avaient été que de simples escarmouches. Mais à Patay,
 l'élite des francs-archers anglais fut décimée, et avec elle toute une armée.

Aucun pays d'Europe n'eut autant recours aux archers que l'Angleterre pendant le Moyen-Âge.
 Malgré le coût modique du longbow anglais (arc long), l'entraînement intensif
des hommes de ce corps d'élite était en réalité extrêmement onéreux,
 car ces soldats de métier devaient être rémunérés en permanence. Durant le Moyen Âge,
 beaucoup d'Anglais s'enrôlaient de façon saisonnière, les campagnes se terminant à peu
 près à temps pour qu'ils puissent participer aux récoltes d'automne! Seuls
 les archers et les chevaliers étaient des soldats de métier, encore que les nobles
 vissent d'un mauvais œil la présence de ce corps de roturiers,
 qu'ils considéraient comme une atteinte à leurs privilèges de classe.

Le corps des francs-archers anglais souffrait de deux faiblesses : ces hommes dépourvus
 d'armure faisaient de piètres défenseurs dans le combat au corps-à-corps,
 et le besoin d'un entraînement intensif ralentissait le recrutement d'une armée de relève.
 L'armée française les exploita à partir de 1429.

  

 
À l'annonce de la défaite d'Orléans, une armée de secours anglaise, commandée par Sir John Fastolf,
 quitta Paris. Les Français avaient exploité leur avantage avec énergie,
 reprenant coup sur coup trois ponts et obtenant la reddition
 anglaise à Beaugency la veille de la jonction des troupes de Fastolf.
 Les Français savaient qu'ils ne pourraient vaincre leur adversaire en bataille rangée s'il parvenait
 à réorganiser ses rangs. Ils opérèrent donc une série de reconnaissances
 dans l'espoir d'intercepter les Anglais avant qu'ils aient pu terminer leurs préparatifs.

 

Les Anglais firent eux aussi des reconnaissances avec les troupes laissées
 en défense à Meung-sur-Loire. Les Français avaient pu s'emparer du pont,
 mais n'avaient pu prendre le château commandant la ville. Les troupes vaincues à Beaugency purent rallier
 la garnison de Meung-sur-Loire. Grâce à leur puissance de trait,
 les Anglais excellaient depuis des décennies dans les batailles rangées ;
 on ne connaît pas exactement l'endroit où ils prirent position,
 mais la tradition attribue cet honneur au petit village de Patay.

John Fastolf, John Talbot et Thomas de Scales commandaient l'armée anglaise.

 

La tactique défensive habituelle des francs-archers anglais consistait à ficher
 des épieux taillés en terre devant leurs batteries, ce qui arrêtait les charges de cavalerie
 et ralentissait suffisamment les progrès de l'infanterie pour leur laisser
 le temps d'éliminer les assaillants. Mais à Patay, ces hommes révélèrent
leur position avant d'avoir pu se mettre en ordre de bataille :
 on rapporte qu'un cerf ayant traversé le champ près des lignes anglaises,
 les archers abattirent l'animal et poussèrent un cri de triomphe qui révéla leur position aux éclaireurs français.

 

 

L'avant-garde française d'environ 1 500 hommes, menée par les capitaines La Hire,
 Ambroise de Loré et Jean Poton de Xaintrailles, attaqua les archers par les flancs
 qui n'étaient pas protégés (par manque de temps). Ceux ci se débandèrent rapidement.
 Tandis que l'élite des archers était taillée en pièce par les piquiers,
les chevaliers anglais fuyaient la charge de cavalerie française. Pour la première fois,
 la tactique française de la charge de cavalerie lourde l'emportait,avec des résultats inattendus.

 


Talbot et de nombreux officiers furent capturés par les Français. Fastolf,
 accompagné d'une petite troupe, parvint à s'enfuir mais fut dès lors disgracié :
 le duc de Bedford mit la défaite sur son compte et le radia de l'Ordre de la Jarretière.
 Ainsi prit naissance la fâcheuse réputation qui devait faire de lui le prototype du personnage de Falstaff.

  

Ultime haut fait de la reconquête du Val de Loire, la bataille de Patay
décapita pour longtemps l'armée anglaise, qui y perdit ses meilleurs officiers et l'élite
de ses archers. Les Français purent escorter Charles VII vers Reims sans avoir à combattre
 et y firent couronner leur prince,
mettant ainsi un terme aux contestations sur la succession au trône de France.

 

 

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