Le Comte Rouge

Publié le par Cabaret

Amédée VII

"Le comte rouge"

 C’est sous la tutelle de sa mère qu’Amédée VII succéda à son père.

 Il avait alors vingt-trois ans. C’est ainsi qu’en avait décidé Amédée VI sur son lit de mort.

 Le nouveau Comte, bien exercé au métier des armes,

 l’était sensiblement moins aux affaires politiques.

 Celui que son goût pour les vêtements et parements écarlates fit appeler le "Comte Rouge"

 ne régna que huit années. Ce temps fut marqué surtout par la personnalité

 de la comtesse mère et par celle d’importants seigneurs vaudois attachés à sa cour,

 Guillaume de Grandson et son fils Othon, le chevalier-poète, ainsi que Louis de Cossonay.

Amédée VII fut très populaire au Pays de Vaud:

 il était bienveillant et d’un abord encore plus aisé que son père.

 Dans sa première campagne, le Comte Rouge aida les Bernois en guerre avec le comte de Kybourg.

 Les milices vaudoises furent actives au siège de Berthoud en 1383.

 Cette fraternité d’armes fut scellée par un traité d’alliance perpétuelle

 entre Berne et la Maison de Savoie,

en confirmation des divers accords analogues conclus antérieurement.

 Le Comte Rouge héritait en revanche d’Amédée VI un problème jamais résolu:

 le conflit valaisan. L’évêque de Sion, qui était pour lors un Savoie,

fut chassé inopinément de sa résidence épiscopale par les Hauts-Valaisans.

 

Le comte ne pouvait laisser impuni un tel affront.

Les milices vaudoises furent mobilisées;

 flanquées de soldats de la Bresse et du Piémont,

ainsi que d’un contingent de cinq cents Fribourgeois,

elles prirent d’assaut une fois encore la ville de Sion,

 (voir dossier "batailles")

qui fut fort malmenée (1384). Malgré cela, les Hauts-Valaisans,

 coriaces, obligèrent Amédée VII d’envisager, quatre ans plus tard, une nouvelle offensive.

 Mais cette fois, les Etats de Vaud refusèrent la "chevauchée"

(levée des milices communales).

 Le comte dut se contenter, du côté vaudois, de l’appoint des seigneurs et de leurs écuyers.

L’expédition tourna au désastre à Vièges: les Hauts-Valaisans écrasèrent

les troupes du comte de Savoie (1388).

En outre, cette année et la suivante, les routiers de la guerre de cent ans

 menaçaient à nouveau d’envahir le pays.

 Grâce aux précautions prises par le bailli de Vaud

avec cette fois la pleine approbation des Etats de Vaud, le danger put être conjuré.

 Nouvelle alerte en 1391: les troupes vaudoises mobilisées durent se porter vers Genève.

 Elles n’eurent cependant pas à combattre, car les routiers avaient pris un autre chemin.

La même année, Amédée VII commença à préparer une nouvelle campagne

 vengeresse contre les Hauts-Valaisans. Les Etats de Vaud

ne furent pas plus disposés que trois ans plus tôt pour accorder

 les troupes qu’on leur demandait.

Mais ils finirent par céder,

à condition que le prince accordât aux notables des villes le droit de choisir eux-mêmes les hommes aptes à servir. Toutefois, la nouvelle guerre du Valais n’eut pas lieu.

Au cours de l’été, à sa résidence habituelle de Ripaille, Amédée fit une chute de cheval.

 Un aventurier nommé Granville s’offrit à le soigner, mais ne réussit

 qu’à aggraver le mal. Quand on se décida à appeler un ancien médecin

moudonnais du comte, il était trop tard: il déclara que le prince avait été empoisonné.

On pense aujourd’hui qu’il fut victime du tétanos.

La mort du Comte Rouge suscita une grande émotion chez les Vaudois.

 Les Etats de Vaud réunis, exigèrent que l’on tirât au clair

 les causes de cette mort prématurée et qu’on poursuivît les coupables.

C’est Othon de Grandson que l’on accusa. Après avoir fuit en France

 pendant quelques années,

 il revint et l’affaire rebondit. Il fut provoqué en duel pour venger la mort d’Amédée VII.

 Mais la fin tragique, étrange et ignominieuse que subit Othon de Grandson

fut aussi celle d’un grand poète vaudois. En dehors de la Savoie,

refusant de croire à son crime, on honora sa mémoire

 

Publié dans Les Comtes de Savoie

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