Savoie, Terre d'Histoire ............
le chateau comtal d'Anneçy

Annecy, aujourd’hui préfecture de la Haute-Savoie, fut au Moyen Age la capitale du Genevois.
Le château qui surplombe le bourg abrita la résidence
des comtes de Genève et fut le centre d’une vie politique importante.
Nous ne connaissons pas avec exactitude quand fut édifier ce château sur l’éperon du crêt du Maure.
Des sources écrites du 12e siècle permettent d’établir une relation
entre la fondation d’une église Saint-Maurice jouxtant
le château au début du 12e siècle, le développement de l’agglomération d’Annecy-le-Neuf citée en 1192,
la construction du château et l’installation des comtes de Genève à Annecy
(une charte prouve que le pape Pascal fait la confirmation à l’abbaye de Savigny
d’un certain nombre de possessions dont " ecclesias de Anneseu ").
Les comtes de Genève sont contraints de quitter leur forteresse d’origine du Bourg-de-Foug
à Genève à cause de conflits qui les opposent tout d’abord à l’Église de Genève
puis au comtes de Savoie. Leur présence effective au château d’Annecy remonte au 13e siècle, pas avant.
A partir de cette date, nombreux sont les actes qui mettent en avant le rôle de centre de pouvoir politique
tenu par le château et l’importance du développement de l’administration avec
la mise en place du châtelain et de ses agents, des grands officiers du comte
et l’apparition d’une comptabilité. En effet, les comptes de châtellenie,
conservés à Annecy depuis 1325, nous éclairent sur la conception
et les fonctions du château au 14e siècle et au 15e siècle (ces comptes s’achèvent en 1440).
L’étude des comptes a permis de déceler trois grandes périodes de construction en relation
avec les évènements et le rythme de la succession des comtes.

La première mention du château remonte à 1219 dans le traité de Designy
(Ce traité constitue une décision arbitrale entre l’évêque de Genève Aimon
et le comte de Genève Guillaume). Les otages du comte sont alors accueillis au sein du château.
En 1251, Guillaume II engage le bourg et le mandement d’Annecy en reconnaissance de dettes
qu’il contracte envers son frère Rodolphe ;
l’acte est passé au château : " in camera retro salam ".
En 1253, la cérémonie d’investiture du comte Raoul, fils de Guillaume,
a lieu dans la grande salle, l’aula comitis. L’aula représente ici la pièce d’apparat
où l’on signe les actes officiels. Annecy est désormais le centre du pouvoir des comtes de Genève.
Le règne d’Amédée III et de son épouse Mahaut de Boulogne est particulièrement
favorable au rayonnement de la ville et du château. Il correspond à une période
de paix et de prospérité attestée par l’amélioration des relations avec la Maison de Savoie,
l’alliance avec l’Empereur, la création d’un atelier monétaire dans l’ancienne maison de l’île
et la mise en place du système défensif de la ville.
L’édification des remparts autour du château puis l’extension de l’agglomération
dans des zones alors inoccupées illustrent bien un des rôles de la fortification
comtale dont la fonction première, un refuge, évolue vers une fonction de centre
de la communauté urbaine peu à peu émancipée.
Au château, les travaux entrepris dès 1325 s’accélèrent après l’incendie de 1340
qui ravage l’ensemble des bâtiments ; ils s’étendent à la Major Turris,
à la grande salle du Vieux-Logis et au donjon. Des charpentiers et des tailleurs
de pierre sont d’ailleurs engagés pour remettre en état les bâtiments.
Le comte Amédée III meurt en 1367, en laissant le comté de Genève à ses fils.
Amédée IV et Robert sont les seuls fils pour lesquels on dispose de renseignements sur le château d’Annecy.
Amédée IV accorde, en 1367, des franchises à la ville. L’octroi de ces chartes souligne
l’évolution des rapports entre le comte et les habitants de la communauté urbaine
qui désormais participent à la garde et à l’entretien des fortifications.
Annecy apparaît alors comme une véritable capitale régionale dominée
par son puissant château comtal et ceinturée de remparts bien gardés.
Robert de Genève, dernier descendant de la lignée des comtes de Genève,
naît au château d’Annecy mais y réside peu souvent.
En 1378, il est élu comme pape d’Avignon sous le nom de Clément VII ;
il contribuera à donner au château l’allure d’une résidence princière
digne de son rang : une nouvelle tour est édifiée, la turris nove ante aulam,
ainsi que des percements d’ouvertures et réalisations de cheminées.
Lorsque le pape meurt en 1394, des problèmes d’héritage se profilent. Profitant de cette succession difficile,
le comte de Savoie Amédée VIII s’empare du château d’Annecy ainsi que du comté de Genève en 1401.
Le symbole de cette nouvelle domination est d’ailleurs illustrée sur un des rouleaux de parchemin
du châtelain Pierre de Monthoux représentant le château d’Annecy
entouré d’entrelacs et dominé par la bannière de la Maison de Savoie.
Amédée VIII reçoit le titre de duc et devient lui aussi pape lors du concile de Bâle en 1430
sous le nom de Félix V. Sa présence au château se manifeste par une campagne de restauration dans le Vieux-Logis,
les tours Saint-Pierre et Saint-Paul après 1430. Il fait également construire la tour et le logis Perrière.
Il cède par la suite, en apanage, à deux des ses fils, Philippe et Janus, le comté de Genève.
Janus résida d’ailleurs au château où il fit des travaux : cheminées et ouvertures.
Au 16e siècle, c’est la famille Genevois-Nemours qui possède le comté de Genève ainsi que le château.
Elle édifia notamment la façade du logis Nemours (1562) et le Logis-Neuf.
Le château est encore embelli par l’ajout de cheminée et de fenêtres en molasses.
Entre 1571 et 1572, les dépenses sont faites pour menuiserie du bâtiment neuf et pour faire les fourneaux.
Au 17e siècle, le château perd sa fonction résidentielle qu’il a exercé pendant plus de trois siècles.
En 1631, les Français ont occupé le château et ont causé des dégâts importants.
Au 18e siècle, l’ancienne résidence comtale est transformée en caserne et subit d’importants dommages.
D’ailleurs de cette époque date les travaux de dérasement de la courtine reliant au sud-est
la tour de la Reine à la tour Perrière, et l’aménagement d’un mur au nord entre
le logis Perrière et le Logis-Neuf. Des travaux rendent les bâtiments plus confortables et plus conformes aux besoins des soldats.
En 1834, une porte est percée dans l’épaisseur du mur de la tour de la Reine pour faciliter son accès.
A la Révolution, le château devient bien national et servira de logement pour 400 hommes et 90 chevaux.
Il prit d’ailleurs le nom de " maison de montagne ".
Classé monument historique en 1902, il conservera sa fonction de caserne jusqu’en 1947.
Il devient ensuite l’abri des " sans logis " et subit un grave incendie en 1952. Cette même année,
le conseil municipal de la ville se montra intéressé par l’acquisition du château. C’est le 16 janvier 1953
qu’il devint la propriété de la commune. Des travaux et des restaurations furent
entreprises et les collections du musée d’Annecy s’installèrent dans le Logis-Neuf, le Vieux-Logis et le logis Nemours.

Aujourd’hui ce château est toujours en restauration car la municipalité et les Monuments
Historiques souhaitent redonner ses lettres de noblesse à cette forteresse médiévale qui surplombe le magnifique lac d’Annecy.
Olivier PETIT (Titulaire d’une maîtrise d’Histoire Médiévale)

