Muret 1213

Publié le par Cabaret





Depuis quatre ans, une armée de croisés opère en Occitanie dans le but d'éradiquer l'hérésie cathare.
Après les sièges de Béziers et de Carcassonne (1209), Simon IV de Montfort a accepté de poursuivre la lutte.
 Il avait d'abord fait la conquête des vicomtés de Raymond-Roger Trencavel, puis s'était attaqué au comte
de Toulouse. La croisade tourne rapidement à la guerre de conquête. Le roi Pierre II d'Aragon, également
 comte de Barcelone et seigneur de Montpellier, était alors suzerain d'un certain nombre de seigneurs
 languedociens, dont le vicomte Trencavel. Inquiet de la venue de cette croisade qui nuisait à son influence
 et à ses ambitions, il se propose plusieurs fois en médiateur entre les belligérants, et ne reconnut
 Simon de Montfort comme vicomte de Carcassonne et de Béziers que du bout des lèvres.
Ne voulant pas se brouiller avec l'Eglise, il ne pouvait pas soutenir militairement le comte de Toulouse.


"Chevalier debut du 13eme, reconstitution d'Olivier de "Histora Meridionalis"






D'autre part, il était également en lutte contre les Maures d'Espagne, qu'il battit à Las Navas de Tolosa
 le 17 juillet 1212. Auréolé de ce prestige, il plaide la cause du comte de Toulouse auprès du pape Innocent III,
 qui décida d'ouvrir le concile de Lavaur. Ce concile n'aboutit pas et, le 21 janvier 1213,
 le roi d'Aragon prend officiellement Raymond VI, comte de Toulouse, Raymond-Roger,
 comte de Foix, Bernard IV, comte de Comminges et Gaston VI, vicomte de Béarn sous sa protection et reçoit leur hommage.

Philippe II Auguste, roi de France, dont les droits sur le sud du royaume étaient lésés par cet hommage,
voulut envoyer son fils Louis prêter main-forte, mais doit au dernier moment l'envoyer combattre le roi d'Angleterre,
 ce qui oblige Simon à attendre d'autres contingents de croisés, menés par les évêques d'Orléans
 et d'Auxerre. Pendant ce temps, le château de Pujols est assiégé puis pris par les Occitans et sa garnison massacrée.

A la fin du mois d'août 1213, Pierre II, qui a fini ses préparatifs, franchit les Pyrénées,
rejoint ses nouveaux alliés et commence le 8 septembre le siège de Muret, défendu par une trentaine de chevaliers
 de Simon. La ville est rapidement prise, mais Pierre II doit modérer l'ardeur de ses soldats
 qui veulent prendre également le château. Il souhaite que Montfort puisse atteindre et entrer
dans la château à la tête de ses troupes pour ensuite mieux le vaincre, et il craignait que si le château
 était pris avant l'arrivée de Simon de Montfort, ce dernier ne change ses plans.

Effectivement, Simon IV de Montfort qui se trouvait alors à Fanjeaux,
lève une troupe de mille cavaliers, arrive à Muret le 11 septembre et entre dans le château.





"Simon de Montfort"




 
Les deux évêques, moins confiants que Simon de Montfort en la victoire , tentent d'entrer
en pourparlers avec Pierre d'Aragon pour le convaincre de cesser de soutenir les barons occitans.
 Ce que voyant, le roi d'Aragon, croyant déceler dans cette démarche une faiblesse de Montfort,
renonce à son premier plan consistant à attendre l'affaiblissement des assiégés dans Muret
et décide de livrer bataille le lendemain, malgré la mollesse du comte de Toulouse,
 toujours prompt à temporiser. De son côté, Simon voyant que les vivres ne lui permettent
 de tenir que quelques jours décide également de livrer bataille le lendemain.

Au matin, il sort de la ville avec tous ses chevaliers qui se regroupent dans la plaine à proximité
de la Porte de Salles. Il répartit ses troupes sur trois lignes, une commandée par Guillaume des Barres,
 la seconde par Bouchard de Marly et la troisième par Simon de Montfort. Les trois bataillons suivent
 la Louge vers le sud, évitant les milices toulousaines qui, à défaut de les intercepter,
 auraient pu sonner l'alarme. Cette manœuvre donne au contraire l'impression d'une fuite.
Traversant la rivière plus loin, ils reviennent directement sur le camp des Occitans où la chevalerie adverse prend position, mais dans un grand désordre.






Le bataillon de Guillaume des Barres se rue sur celui du comte de Foix, qu'il enfonce sans peine
 et qui reflue sur la ligne de Pierre d'Aragon. C'est alors que la charge de Bouchard de Marly arrive
sur le lieu et continue de désorganiser les deux bataillons adverses. La melée est indescriptible,
 et le vacarme assourdissant. Très rapidement deux chevaliers, Alain de Roucy et Florent de Ville,
décident de viser la tête de la coalition et tuent d'abord un héraut d'arme, qu'ils ont pris pour le roi.
 Ce dernier se fait connaître pour démentir les cris annonçant sa mort, mais est tué peu de temps après.
Pendant ce temps, Simon de Monfort et son bataillon effectue un
 mouvement tournant pour attaquer l'ennemi sur son flanc droit.



"Miniature du 13eme, bible de Maciejowsky"


Raimond VI, qui commande la troisième ligne occitane, prend alors la fuite vers Toulouse, sans combattre.
Les survivants des deux premières lignes fuient alors en direction de la Garonne. Mais les milices toulousaines,
 qui ne participaient pas à la bataille, avaient commencé le bombardement de la ville et
 du château, et la défaite de la chevalerie arago-toulousaine ne les faisait pas renoncer.
 L'arrivée des chevaliers victorieux, poursuivant les survivants aragonais,
sème alors la désorganisation dans leur camp et les fait fuir vers la Garonne.



 



Le fils de Pierre II, Jacques, âgé de six ans, est fait prisonnier. Mais le pape demande à Simon
 de rendre Jacques d'Aragon à son royaume et impose une trêve, empéchant Simon d'exploiter immédiatement
son avantage. Simon de Monfort met Jacques sous la garde de Pierre Nolasque puis les envoie tous deux en Espagne.

Cette défaite et la mort de Pierre II met fin aux velléités d'intervention de la couronne catalano-aragonaise
 contre la croisade. Les comtes de Foix et de Comminges repartent sur leurs terres. Le comte de Toulouse
 part pour l'Angleterre rencontrer Jean Sans Terre[3] et laisse aux consuls de Toulouse
 le soin de négocier avec les chefs de la croisade.





"guerriers du debut 13eme"






sourçes ....
Dominique Paladilhe, Simon de Montfort,
 Librairie Académique Perrin, 1988

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